Le premier pèlerinage de Cheikh Ibrahima Niass en 1937 (4)

Après la prière de l’après-midi, (Al-Zouhr), le bateau quitta la rade du port de Dakar et vogua sur l’océan vers Darou Baïdâ au Maroc. Une prière à ce moment là me fut insinuée. Je récitai : « Louanges à toi ô seigneur sublime !

Sans mes compagnons, je vais, qui s’en sont de leur côté allés et vers toi je me dirige. A toi toute félicité, toute richesse ! Exauce moi ô seigneur, toi, l’entendant et l’omniscient. » Je restais alors avec comme seul compagnon le coran sacré, contre toute solitude. La miséricorde d’Allah aidant, le bateau voyagea sans gros remous de l’océan et nous fumes ainsi préservés du mal de mer. Nous eûmes toutefois un peu de fièvre sans doute causée par la nouveauté du voyage. Je vis, un jour de Vendredi deux hommes aux visages rayonnants, en lesquels je reconnus Cheikh Ahmad Tîjâni et mon père El Hadji Abdallah NIASS. Que toute la paix et la miséricorde d’Allah soient sur eux. L’un d’eux croisa les doigts de ses mains aux miens et me dit : « Récite : Innâ Ileyya Yastahî » Jusqu’à la fin du verset et aussi : « Wa iz andjaynâkoum » que je récitai jusqu’à : « Hizbou wa Izâ Lahô. » Alors il me dit : « J’ai bien entendu ce que t’a dit ton frère Elhadji Abû Bakar et certes, je serais avec toi dans ce voyage jusqu’à Hidjâz. » Je me rappelai aussitôt les propos de mon frère El Hadji Abûbakar : « En toute difficulté, tu verras notre père. » Nous remercions Allah de nous avoir offert durant tout ce voyage une santé de fer, tous bienfaits et aussi la douceur du climat en calmant l’océan ; en adoucissant celui-ci et en éclaircissant le ciel jusqu’au moment où le bateau Canada jeta l’ancre dans le port de Las-Palmas, Après le lever du soleil, un samedi dix-huit du mois de Korité. Nul dans ce port ne descendit d’entre nous, le capitaine nous ayant d’ailleurs conseillé, au cas que nous en fussions tentés, de n’emporter dans nos poches pas plus de cinq cent francs. Cela afin d’éviter une éventuelle grosse perte si nous nous faisions dévaliser par les pickpockets qui, dans le coin, pullulaient.
Après la prière de l’après midi le bateau vogua vers Darou Baïda la ville blanche où nous accostâmes le Lundi suivant après la prière du matin, dans une liesse générale. Nous passâmes la journée du Lundi et nous promenâmes dans cette belle ville où nous fumes accueillis par des disciples de Cheikh Tîdjâni. Ceux-ci nous honorèrent tant et tant qu’ils nous montrèrent une chaussure de Cheikh Ahmad Tîdjâni ainsi que des feuillets écrits de ses saintes mains. Le vénérable homme qui nous traita avec d’aussi grands égards me confia être le fils d’un des plus proches compagnons de Cheikh Ahmad Tîdjâni. Je regrette de n’avoir pas retenu son nom. Nous fîmes la prière de l’après midi dans la sainte mosquée qu’y bâtît Abû Abdallah Seydi Mouhammad, édifice sans pareil dans sa valeur, dans sa beauté et dans son architecture spacieuse. A l’approche de la prière du crépuscule (Al Maghreb), nous allâmes à pieds dans une mosquée Tîdjâne des environs où nous trouvâmes un mouqaddam grand connaissant, un grand et véridique érudit à l’amour profond et sincère pour Cheikh Tîdjâni et envers tous les disciples de celui-ci infiniment obligé, Cheikh Mouhammad ben Aliou Soussî. Après la prière de Maghreb nous faisons avec lui la Wazifa et puis après, la prière du soir (Al’ichâ(i) passant ensuite le temps à nous entretenir de savoir et de la voie, (Tarîqa). Dans la ferveur du débat, Cheikh Mouhammad me dit : « Un grand saint homme éminent Mouqaddam de la voie, Seydi Al Husseïn Al Iffrimî a témoigné lui-même disant : « Les pays noirs, (Saûdân) sont la mine d’or de la vraie sainteté et de la vraie connaissance. » Je lui avouai alors : « Il est vrai qu’Ahmad Choukeyridji, un jour, m’a dit : « Tu es toi même le maître de tous les connaissants gnostiques et de tous les hommes de savoir de tout l’occident sans controverse. »
À suivre

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