ECO n’est pas le contraire du FCFA …

Fin de la longue histoire du « franc des colonies françaises d’Afrique », créé en 1945, qui est devenu le « franc de la Communauté financière africaine » après les indépendances des années 1960. Alassane Ouattara, un ancien économiste, a indiqué que la réforme comprenait, outre le changement de nom, « l’arrêt de la centralisation de 50% des réserves » des pays concernés au Trésor français et le retrait de la France des « instances de gouvernance dans lesquelles elle était présente ».


Emmanuel Macron a dit « assumer » la nouvelle situation que ces changements créaient pour la France en Afrique de l’ouest, son ancien pré carré, avec laquelle Paris doit « bâtir une relation nouvelle, à la fois passionnée et décomplexée ». Il a ainsi repris les principaux axes du discours « fondateur » sur les relations franco-africaines qu’il avait prononcé à Ouagadougou quelques mois après son élection en 2017. En 2017, alors candidat à la présidence, il avait créé une polémique en parlant de « crime contre l’humanité ».
CE QUI CHANGE

LE NOM.

A sa création en 1945, franc CFA signifiait « franc des colonies françaises d’Afrique ». Après les indépendances des années 1960, le nom avait déjà évolué pour devenir « franc de la Communauté financière africaine », pour les huit pays d’Afrique de l’Ouest (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo). Mais ce nom restait perçu comme un symbole post-colonial. Le FCFA va devenir l’« Eco », qui est en fait le nom choisi pour la future monnaie unique des 15 pays de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao).

FIN DU DEPOT DES RESERVES DE CHANGE EN FRANCE.

Deuxième point majeur de la réforme, la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) ne devra plus déposer la moitié de ses réserves de change auprès de la Banque de France, une obligation qui était perçue comme une dépendance humiliante vis-à-vis de la France par les détracteurs du FCFA. La BCEAO « n’aura à l’avenir plus d’obligation particulière concernant le placement de ses réserves de change ». « Elle sera libre de placer ses avoirs dans les actifs de son choix », selon la présidence française.

GOUVERNANCE : PLUS DE REPRESENTANTS FRANCAIS.
Troisième changement : la France va se retirer des instances de gouvernance de l’Union monétaire ouest africaine (UMOA) où elle était présente. « La France ne nommera plus aucun représentant au Conseil d’administration et au Comité de politique monétaire de la BCEAO, ni à la Commission bancaire de l’UMOA », a expliqué l’Elysée. Il s’agit de « désamorcer les critiques », selon lesquelles la France continuait de dicter ses décisions dans ces instances via ses représentants, selon l’Elysée.

CE QUI NE CHANGE PAS

LA PARITE FIXE AVEC L’EURO.
La parité fixe avec l’euro du franc CFA, futur Eco, est maintenue (1 euro = 655,96 francs CFA). Il s’agit d’éviter les risques d’inflation (présente dans d’autres pays d’Afrique) a expliqué le président ivoirien Alassane Ouattara. Cette parité fixe est pourtant l’une des caractéristiques du FCFA les plus critiquées par des économistes africains, selon lesquels l’arrimage à l’euro, monnaie forte, pose problème pour les économies de la région, beaucoup moins compétitives, qui ont besoin de donner la priorité à la croissance économique et à l’emploi plutôt que de lutter contre l’inflation. Ces économistes plaident pour la fin de la parité fixe avec l’euro et l’indexation sur un panier des principales devises mondiales, le dollar, l’euro et le yuan chinois, correspondant aux principaux partenaires économiques de l’Afrique.

LA GARANTIE DE LA FRANCE.
Paris conservera son rôle de garant financier pour les huit pays de l’UEMOA. « Si la BCEAO fait face à un manque de disponibilités pour couvrir ses engagements en devises, elle pourra se procurer les euros nécessaires auprès de la France », explique l’Elysée. Cette garantie prendra la forme d’une « ligne de crédit ». « Avec le maintien de cette garantie, en attendant l’Eco, nous voulons éviter la spéculation et la fuite des capitaux », a justifié Alassane Ouattara.

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